Des microfermes permacoles pour redynamiser les territoires

10 mai 2016 14:05
Ferme d'avenir
Chapô

L’association Fermes d’Avenir, ayant pour but d’aider l’essaimage de microfermes maraîchères inspirées par la permaculture, vient de rejoindre le Groupe SOS. Ce rapprochement entre une association très active dans le domaine de l’agriculture durable et un acteur majeur de l’innovation sociale en France, vient servir la démarche d’accélération de la transition écologique portée par Auxilia. Comment la permaculture peut-elle contribuer à la redynamisation économique et sociale des territoires ? Décryptage.

Vers une agriculture durable : une transition indispensable et possible

La production nationale de fruits et légumes a chuté de 20% en 15 ans. Le nombre d’actifs dans ces productions a lui aussi fortement chuté. Le déficit de la balance commerciale « fruits et légumes » est de 4 milliards d’euros. Les fruits et légumes conventionnels sont trop peu nutritifs et chargés en substances nocives (Agreste FRANCE, Memento 2015).

Créée en 2011 par Maxime de Rostolan, urbain reconverti ayant passé son Brevet professionnel (BPREA) en maraîchage, l'association Fermes d’Avenir – et sa ferme pilote à La Bourdaisière en Touraine – porte la conviction que la transition d’une agriculture chimique, en pleine crise économique et humaine, vers une agriculture durable est à la fois indispensable et possible. 

Indispensable car le capital naturel – nécessaire pour produire de quoi manger –  n’est pas substituable par le capital financier. Possible car la permaculture constitue un mode de production agricole porteur des points de vue écologique mais également (et surtout !) économique et social.

Permaculture : des bénéfices économiques et sociaux pour les territoires

Contrairement aux idées reçues, les modes de production inspirés par la permaculture, qui substituent la compréhension et la valorisation des systèmes naturels à la mécanisation intensive, comportent de nombreux avantages économiques : 

  • Large diversité de productions (variétés) et de débouchés ;
  • Rendement par unité de surface plusieurs fois supérieur à celui de l’agriculture conventionnelle ;
  • Forte réduction des factures d’achats (intrants chimiques, semences, etc.). 

Ces modes de production nécessitent par ailleurs une très grande intensité en travail humain, lequel se caractérise par sa forte valeur ajoutée, les machines étant en quasi-totalité remplacées par un savoir-faire humain associé à l’utilisation d’outils de précision très innovants.

D’ores et déjà, nous savons que de nombreux jeunes maraîchers candidats à l’installation éprouvent de réelles difficultés quant à l’accès au foncier. Il y a donc bien également une capacité de travail disponible.

Produire local et en intelligence avec les systèmes naturels permet donc de créer des emplois directs et indirects, pérennes, non délocalisables (100 000 emplois en France à terme est une projection assez crédible) et donc de rééquilibrer les territoires, en particulier ceux souffrant de l’hyper métropolisation (perte continue d’actifs au profit des grands pôles urbains) et/ou de la globalisation de la production agricole (produits importés moins traçables, perte de la souveraineté et de la résilience alimentaire).

Au-delà de la création d’emplois, les microfermes permacoles, et la consommation locale qui en découle, contribuent à préserver le capital santé des uns - qui mangent des produits non seulement savoureux mais également frais, sains - et des autres moins exposés à des substances toxiques en amont -, recréent du lien social entre producteurs et consommateurs et favorisent la réduction du gaspillage alimentaire par le choix de produits de qualité.

Expérimenter les réseaux de microfermes

La production agricole permacole va donc de pair avec une résilience économique et sociale convaincantes (Institut Sylva, "Rapport intermédiaire Bec Hellouin") et donne lieu à d’importants bénéfices économiques et sociaux pour les territoires.

Malgré cette conviction largement partagée, Auxilia, qui accompagne les territoires dans la mise en place de modèles de développement soutenables, constate dans ses missions la difficulté de passer d’une agriculture chimique à une agriculture durable et observe le fossé profond qui existe entre les croyances et les comportements : les idées, les faits et les chiffres ne suffisent pas à générer les changements de pratiques ou à infléchir des décisions politiques ou privées majeures en faveur de la permaculture.

En intégrant le Groupe SOS, dont elle partage les valeurs écologiques et sociales, l’association Fermes d’Avenir compte sur la force de frappe du Groupe pour accélérer l’essaimage de microfermes permacoles au service de la protection des sols, de  l’emploi et du « mieux manger » pour tous sur les territoires.

Ce rapprochement donne lieu à un premier projet visant à créer une grappe de microfermes dans l’Est de la France dont la production doit aider à fournir la nourriture servie et consommée dans  les établissements du Groupe SOS (maisons de retraites, associations d’accueil d’enfants). L’objectif : venir conforter le fait que le choix d’une agriculture et d’une alimentation durable a un sens économique pour tous les acteurs impliqués et convaincre les décideurs publics et privés de la pertinence de ces nouveaux modèles.

Aider les territoires à s’engager dans la transition vers un mode de production agricole durable

Pour aider les territoires à s’engager dans la transition vers un mode de production agricole durable, Fermes d’Avenir formera à partir de septembre une première promotion des « payculteurs », personnes ayant déjà monté et travaillé sur une microferme « permacole » qui élargissent leurs compétences pour soutenir la création de réseaux de microfermes. Le payculteur apporte notamment son expertise pour lever différentes barrières et / ou mutualiser utilement certaines fonctions très coûteuses en temps pour des maraîchers en phase d’installation ou de lancement de leurs activités : accès au foncier, commercialisation et distribution des produits, aspects administratifs et de gestion, etc.

L’association Fermes d’Avenir a également missionné notre cabinet de conseil Auxilia pour la production d’un plaidoyer pour l’agriculture durable dans lequel a précisément  été définis les impacts écologiques, économiques et sociaux des réseaux de microfermes.

Car il est indispensable, pour générer le changement,  de rendre explicites les coûts et bénéfices réels de la transition vers un mode de production agricole durable pour les différents acteurs des territoires concernés : collectivités dont plusieurs compétences et activités sont concernées (développement économique, stratégie foncière, préservation ou restauration du capital naturel, programmes relatifs à la santé, restauration collective des établissements publics, etc. ), entreprises, propriétaires fonciers, entrepreneurs, citoyens.  

Conclusion: favoriser de nouvelles convergences entre des logiques « privées » et de territoires

En travaillant de concert sur la mise sur pied de réseaux de microfermes, sur l’accompagnement et l’évaluation des bénéfices induits, nous – Fermes d’AvenirGroupe SOS, Auxilia – voulons in fine favoriser de nouvelles convergences entre des logiques « privées » et de territoires et les relations gagnant-gagnant qui en découlent : contractualisation entre agriculteurs et acteurs territoriaux pour la préservation de la biodiversité ou de la ressource en eau, contractualisation pour des programmes à fort impact social ou de retour à l’emploi.

Pour conclure, espérons que nous, collectivement, sachions demain mieux distinguer les « choux » et les « carottes ». Savoir ce qui compte (pour nous tous, dès aujourd’hui), et savoir bien compter est un bon début. 

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