Pédales, transition énergétique et indemnité kilométrique

12 mars 2015 09:06
Vélo
Chapô

Le vélo a ceci d’étonnant qu’il appartient à la fois au passé et au futur, mais peu au présent : j’ai pédalé, tu pédaleras, nous pédalerons tous –ou presque - mais qui sont-ils ceux qui pédalent aujourd’hui ?

La liste des bienfaits du vélo est connue et largement reconnue. A l’heure des résultats de l’expérimentation menée en 2014 sur l’indemnité kilométrique vélo, le rôle que les entreprises peuvent jouer dans la promotion de ce mode de déplacement est avéré. Il reste à concrétiser.

L’expérimentation de l’indemnité kilométrique vélo (IKV) : un premier pas timide, mais des résultats encourageants.

L’expérimentation de l’IKV était l’une des 25 mesures du Plan d’action « mobilités actives » présenté en mars 2014 par le Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie. Elle s’est déroulée du 1er juin au 1er novembre 2014 et a concerné plus de 8 000 salariés répartis dans 18 entreprises volontaires. L’objectif était de vérifier l’attractivité de l’indemnisation des cyclistes (25 centimes net/km) sur le niveau de pratique de ce mode de déplacement, et donc l’impact en termes de recrutement de nouveaux adeptes.

Après six mois d’expérimentation, la pratique du vélo a augmenté de 50% au sein des entreprises participantes. Très encourageant, même si la part modale du vélo dans les trajets domicile-travail reste faible (3%). La brièveté de l’opération est sûrement à prendre en compte dans l’évaluation du dispositif : l’incitation ne durant que 6 mois, il est probable que certains salariés n’aient pas souhaité investir dans un vélo utilitaire ou même des accessoires.

Le profil des nouveaux cyclistes est instructif : 59% sont d’anciens usagers des transports en commun, 14% faisaient du covoiturage, 11% étaient autosolistes* et 9% étaient motards. Le report modal depuis les modes motorisés déçoit forcément un peu (l’impact de l’expérimentation sur la part modale de la voiture est très faible), et souligne à nouveau la difficulté de « démotoriser » les déplacements domicile-travail. En cela, les résultats confirment ceux de l’étude menée par Chonos et l’Obsoco sur les nouvelles mobilités.

Au-delà de l’intérêt financier pour les bénéficiaires (indemnité versée, économies liées à une moindre utilisation de sa voiture pour les personnes qui y substituent le vélo), le bénéfice santé induit par la pratique du vélo dans les trajets domicile-travail et les aspects pratiques, voire hédoniques de ce mode de déplacement (1/3 des nouveaux cyclistes ont augmenté leur pratique du vélo pour d’autres motifs de déplacement) sont des arguments qui pourront sans doute accompagner cette démotorisation souhaitable.

Lire le détail des résultats

Et chez Auxilia, quels résultats pour l’IKV ?

Avec 20% de nos salariés qui ont participé, nous avons constaté que le dispositif avait encouragé l’évolution des pratiques de mobilité ou les avait confortées: Laurence à Nantes (qui dépose sa fille en route),  Bertil (en complément des transports en commun) ou Ziad à Paris… ils n’ont pas longtemps hésité pour se mettre en selle. L’évolution du dispositif de remboursement des frais vélo a également profité aux cyclistes que comptait déjà l’équipe. A l’image des résultats nationaux, et peut-être aussi parce que l’équipe ne compte qu’une toute petite minorité d’autosolistes, le report modal provient très largement des transports en commun.

L’IKV inscrite dans le projet de loi sur la transition énergétique et la croissance verte …

Le projet de loi voté en fin d’année 2014 par l’Assemblée nationale apporte une nouveauté de taille par rapport à l’expérimentation, puisqu’il propose d’exonérer l’IKV de cotisations sociales et d’impôt sur le revenu. Une nouvelle bienvenue, la défiscalisation de l’indemnité kilométrique étant un argument supplémentaire pour permettre au levier employeur de jouer pleinement dans l’encouragement de la pratique cyclisteLe Sénat, à travers ses commissions « développement durable » et « finances » vient de confirmer ces exonérations. Mais le processus législatif se poursuit : espérons que cette mesure, essentielle à nos yeux pour la reconnaissance du vélo et plus largement, pour la transition écologique, soit inscrite dans la loi.

Quel que soit le résultat de ce marathon, la pratique du vélo s’inscrit dans une tendance de fond : les cyclistes continueront à pédaler pour un monde meilleur, de nouveaux adeptes les rejoindront, et les pelotons acteurs de la transition grossiront inexorablement pour notre plus grand plaisir. Comme le dit si justement Didier Tronchet dans son Petit Traité de vélosophie : « Quand vous verrez passer un cycliste, ne vous fiez pas à son allure inoffensive. A sa façon, il est en train de changer le monde. »

 

A lire, pour aller plus loin :

Le pouvoir de la pédale, comment le vélo transforme nos sociétés cabossées, par Olivier Razemon, Editions Rue de l’Echiquier.

Le retour de la bicyclette, une histoire des déplacements urbains en Europe de 1817 à 2050, par Frédéric Héran, Editions La Découverte.

Petit traité de vélosophie, Le monde vu de ma selle, par Didier Tronchet, Editions Plon.

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